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LA LENTE FORMATION DES ÉVANGILES.

 
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Byblos2
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MessagePosté le: 29/01/2013 21:21:57    Sujet du message: LA LENTE FORMATION DES ÉVANGILES. Répondre en citant

Quand on observe les Évangiles, tout semble simple pour qui les aborde pour la première fois. Il a l'impression de lire un reportage sur Jésus de Nazareth depuis son Baptême par le Baptiste jusqu'aux jours sombres de Jérusalem. Il ne peut deviner les années qui ont été nécessaires avant d'aboutir au texte qu'il lit. Les Évangiles ne se sont pas faits en un jour ni en un an.

Quand ont-il été achevés? La majorité des spécialistes place l'édition définitive de l'évangile de Marc dans les années 67-70, celle des Évangiles de Matthieu et de Luc dans les années 80, celle de Jean vers 90. Trente ans pour le moins séparent la mort du Christ et les expériences pascales de la rédaction dernière des Évangiles.

Quand a-t-on commencé à les rédiger? Combien de brouillons, combien de versions avant les textes acceptés par les communautés?[...] Les disciples de Jésus, qui ont été les témoins de sa mort et de sa résurrection, ne se sont pas enfermés aussitôt après pour composer les évangiles afin de parcourir tout le bassin méditerranéen avec ces livres sous le bras. Là encore, puisque les chrétiens attendaient pour bientôt la manifestation définitive du Règne de Dieu, la venue du Christ en Gloire, personne ne pensait qu'il était nécessaire de mettre par écrit ce qu'il croyait. Saint Paul dont on situe la rédaction des lettres entre les années 51 et 67, ne connaît pas les écrits évangéliques qu'il ne cite jamais, même si Paul rayonne l'Évangile qu'est Jésus en personne.

La première Église a donc vécu pendant des années sans les évangiles écrits. On peut même dire que les Évangiles ne lui étaient pas nécessaires, car elle était toute proche des événements et elle témoignait de l'Évangile qu'elle s'efforçait de vivre.

Très tôt, pour dire l'Évangile de Jésus et partager, les premiers chrétiens ont cherché à formuler l'essentiel de leur foi. Les Actes des Apôtres nous livrent ce credo auquel a été donné le nom de "kérygme" du mot grec "cri". Voici les grands points de cette foi "criée" , c'est-à-dire annoncée:
- Dieu a ressuscité Jésus de Nazareth que vous avez crucifié,
- conformément aux Écritures,
- nous en sommes témoins.
- C'est la Bonne Nouvelle pour tous car les péchés sont pardonnés;
- d'où la nécessité de se convertir pour l'accueillir.

Les diverses formulations de ce credo des disciples du Ressuscité constituent la première forme des Évangiles.

Proclamer ce credo ne suffit pas. Qui pourrait le comprendre et l'accepter sans sourciller? Il faut le présenter et l'expliquer de façon à convaincre. La meilleure illustration reste de raconter les derniers jours de Jésus à Jérusalem car ils condensent toute sa vie et sa mission. Jésus va à la mort volontairement: il sait ce qui va lui arriver; il fait confiance à Dieu son Père. Dieu répond en l'instaurant Seigneur et en inaugurant par sa Résurrection le monde nouveau espéré et promis dans les Écritures. Les récits de la Passion se constituent comme bloc important pour les besoins de l'annonce missionnaire et on peut penser que des versions écrites, bâties sur le même schéma, voient peu à peu le jour et circulent dans les communautés chrétiennes. Ces récits de la Passion formeront la pièce maîtresse de chacun des évangiles. Les évangiles vont ainsi se former à partir de ces textes concernant la fin de la vie de Jésus.

Une autre façon d'illustrer ce credo est le rappel, à la lumière de la nouvelle situation créée par la Résurection, de paroles et de gestes de Jésus. En même temps que les récits de la Passion, des collections de paroles et de rencontres de Jésus vont être élaborées. Une sélection se fait parmi ces souvenirs; on ne retient que ceux qui peuvent aider à faire saisir la situation nouvelle de Pâques, selon les besoins des auditeurs à qui on s'adresse. Leur formulation aussi tient compte de la nouveauté de Pâques.

Marc est le premier qui a eu l'idée de rassembler tous ces documents, récits de la Passion, paroles, gestes de Jésus, en un récit qui suivrait le cadre de la vie de prédicateur de Jésus. Il a peut-être pris l'idée dans une première version en chantier de l'évangile de Matthieu. La place imposante du récit de la Passion s'explique pour les raisons évoquée. En revanche, un silence absolu règne sur la majeure partie de la vie de Jésus: son enfance, son adolescence et sa vie professionnelle avant la rencontre avec le Baptiste. Le but de l'évangéliste n'est pas de nous donner une biographie fidèle de Jésus de Nazareth et de satisfaire notre curiosité en ce domaine, mais d'annoncer la Bonne Nouvelle. Les récits de la Passion, quelques paroles et gestes de Jésus suffisent. Plus étonnante chez Marc est l'absence de tout récit d'apparition du Ressuscité. Les spécialistes concluent que la finale actuelle de Marc, bien que contenant des éléments très anciens et vénérables, a été ajoutée à l'évangile qui s'achevait sur le silence des femmes après leur visite au tombeau vide. En réalité, c'est tout l'évangile de Marc qui prend appui sur la Résurrection. Les récits d'apparitions ont été ajoutés en dernier lieu dans les évangiles pour fortifier la foi des nouveaux chrétiens qui n'ont pas bénéficié des expériences de Pâques.

Les évangiles de Matthieu et de Luc ont suivi et pris le même canevas que Marc. En disposant sur trois colonnes les textes parallèles des trois évangélistes, on peut les comparer et noter les points communs, les ressemblances, les différences. Cette lecture synoptique est instructive. Les évangélistes adaptent leurs documents en fonction de ce qu'ils sont, de leurs préoccupations, et surtout de leur auditoire. Matthieu et Luc ajoutent chacun un récit sur l'enfance de Jésus, où ils cherchent, chacun à leur manière, à faire percevoir que le petit Jésus dont il est question est le Sauveur, le Christ, le Seigneur. Les récits de l'enfance illustrent, comme les autres textes évangéliques, la foi de la première Église. Insérés en dernier lieu dans les évangiles, ils sont peut-être les passages les plus difficiles à comprendre et la tentation reste grande de les réduire à des souvenirs attendris sur le petit Jésus.

Enfin, Jean, tout en suivant le cadre défini par Marc, s'éloigne des synoptiques par son goût des longs discours de Jésus et aussi par un choix plus réduit d'épisodes significatifs qu'il développe plus longuement. Il ne choisit par exemple que sept miracles de Jésus, qui lui semblent plus caractéristiques et grâce auxquels il proclame la Bonne Nouvelle. Pour les récits de la Passion, il reste fidèle à la tradition commune.

La réalité de la formation des évangiles fut plus complexe que le résumé qui vient d'en être esquissé. Avant la version définitive de chaque évangile, il y a place pour une ou plusieurs versions préparatoires dont nous avons perdu les copies, mais que les spécialistes décèlent en notant certaines curiosités ou incohérences des textes actuels.

Il a donc fallu deux, trois décennies, et même plus pour que naissent et se forment les évangiles au sein des communautés. Le cadre de vie de prédicateur de Jésus a servi de point de repère. Les évangélistes ne disent pas tout sur Jésus de Nazareth; ce n'était pas leur but. Ils cherchent d'abord à communiquer l'étonnante nouvelle, le credo de Pâques. Reste à montrer qu'ils ont également le souci de ceux à qui ils s'adressent.

Connaître la mécanique n'est pas obligatoire pour piloter une voiture; quelques éléments cependant peuvent être bénéfiques pour éviter ou réparer les pannes élémentaires. Connaître l'histoire de la formation des évangiles n'est pas nécessaire pour les lire; quelques éléments cependant sont bien utiles pour aplanir les premières difficultés de lecture.

(Revue "Fêtes et Saisons", mai 1989, p. 12-15).
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MessagePosté le: 29/01/2013 21:21:57    Sujet du message: Publicité

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