Beaux textes de réflexions Index du Forum Beaux textes de réflexions
Le chemin de croix.
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

REGARDS SUR L'ISLAM.

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Beaux textes de réflexions Index du Forum -> Forum de discussion -> L'Islam.
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Byblos2
Administrateur
Administrateur


Inscrit le: 12 Avr 2006
Messages: 7 770
Localisation: Québec (Canada)

MessagePosté le: 08/08/2013 20:24:31    Sujet du message: REGARDS SUR L'ISLAM. Répondre en citant

[...]Quand on croise un musulman ou un Arabe, et même si l'on veut être ouvert et accueillant, c'est le mythe de l'Arabe qui forme le fond de scène de notre perception, que ce soit Ali Baba ou Schéhérazade, les bourkas ou les sabres, la danse du ventre ou le voile. Ces images mythiques sont tenaces, mais il est utile de savoir qu'elles ne sont précisément que des mythologies pour ne pas se laisser duper par elles. En outre, musulman n'est pas synonyme d'Arabe: le dernier empire musulman était Turc les Iraniens sont des Persans, beaucoup de Nord-Africains sont Berbères, les Pakistanais du nord sont de l'ethnie pashtoune, il y a beaucoup de musulmans en Inde et en Afrique noire, un certain nombre en Russie, en Thaïlande et en Chine. Tous ces musulmans ne sont pas plus Arabes que les catholiques ne sont Romains. Mais ils sont aussi Arabes que les catholiques ont pu être Romains, puisque la seule langue de prière est l'arabe, la théologie ne parle qu'arabe et le Coran ne pas être vraiment traduit. L'ethnie arabe s'est disséminée dans tout le monde musulman, sans faire disparaître les autres ethnies, et la langue arabe s'est imposée comme langue sacrée, comme langue commune, même si les musulmans ne parlent pas tous arabe.

Cela étant dit, il est vrai que l'arrivée de l'islam est un phénomène d'une toute autre ampleur que celle des petits groupes religieux fondamentalistes ( qui sont chrétiens) ou des groupes de croissance psycho-spirituelle issus de la contre-culture américaine et de tendance plutôt laïque: des spiritualité sans religion. [...] Les pays musulmans semblent stagnants et plus menaçants que fascinants pour des Occidentaux devenus, non sans arrogance, modernes. Cependant, on ne peut plus penser et agir sans tenir compte du quart de l'humanité qu'ils sont: un milliard trois cent millions d'êtres humains, une tradition brillante de plus de mille ans, des califes et des imams géniaux, des savants, des juristes, des poètes, une architecture et une calligraphie uniques au monde. Le voile à côté de cela, c'est bien peu de chose...

Seul Muhammad (570-632) a été chef spirituel et politique. Très tôt, ses successeurs sont devenus d'abord des leaders politiques, califes ou imams, et plus tard, sultans ou rois. Leurs principaux devoirs de caractère religieux étaient de maintenir l'unité de l'Islam, de veiller à ce que les biens ne soient pas répartis de façon trop injuste et de consulter les citoyens. Les conquêtes ne furent pas d'abord des campagnes de conversion: au 8e siècle, dans certaines régions conquises, seuls 10% de la population étaient musulmans et c'est parmi eux qu'étaient recrutés les hauts fonctionnaires. Les non-musulmans pouvaient pratiquer la religion de leurs ancêtres, mais ils payaient une taxe, Certains régimes tentèrent même de ralentir le rythme des conversions qui entraînaient une baisse des revenus du trésor public. Quand, au 10e siècle, les populations sont devenues majoritairement musulmanes, on a taxé toute la population et tous les musulmans parlant arabe pouvaient théoriquement avoir accès à l'éducation et aux fonctions supérieures du gouvernement et de l'armée. En un mot, les conquêtes arabes ne se firent pas au cri de "crois ou meurs", mais d'une façon beaucoup plus subtile qui visait d'abord la prise de pouvoir politique et militaire. Comme il n'y a pas de pape musulman, il n'y a jamais eu de conflits entre le pape et l'empereur et on n'a jamais affirmé la supériorité de l'Église sur l'État ni l'inverse. Les historiens estiment que c'est plutôt l'islam qui a été au service de la politique.

Quant à la consultation publique, elle fut très tôt confiée à des juristes, qui devaient jouer un très grand rôle dans le monde musulman. Choisis parmi les notables et les lettrés, leur rôle était de juger si le calife respectait la tradition du Prophète. Cette tâche était évidemment fort délicate, puisqu'ils jouaient un rôle semblable à celui de la cour suprême d'un pays et parfois le rôle de l'opposition dans nos régimes démocratiques. Comme le Coran et le Hadith ne contiennent que peu de règles politiques, les juristes durent créer au cours des siècles une très riche et très variée jurisprudence que l'on fut tenté d'assimiler à la tradition du Prophète.[...]

Dans l'ensemble, les califes furent des pragmatiques qui pensaient d'abord au bon ordre et à la richesse de leur territoire. Quand ils se trouvèrent face à des juristes hostiles, certains califes créèrent une seconde chambre de juristes qui leur était plus favorable. Par ailleurs, les hauts fonctionnaires de la cour n'étaient pas des fanatiques ignares, mais étaient issus de l'une ou l'autre des grandes universités du monde arabe, les familles fortunées détenaient souvent des larges pouvoirs dans leurs terres et exerçaient une grande influence sur les dirigeants politiques. Plusieurs cours étaient des hauts-lieux de science et d'art, de vie raffinée, parfois à l'extrême. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, l'histoire des peuples arabes ne fut pas une succession de Khomeiny, de Ben Laden, de Saddam Hussein et d'Abheminejab. La pragmatique souplesse des califes se durcira cependant lorsque de nouvelles conquêtes les mettront en contact avec les empereurs perses et byzantins, beaucoup plus autoritaires et monarques plus absolus. Dès le 19e siècle, et surtout à partir de 1930, on entendit les premiers appels à un retour à l'islam des origines sous la forme de l'État islamique. Ces appels donnèrent naissance à plusieurs mouvements, souvent terroristes, qui combinaient les aspirations nationalistes et les rêves d'un retour à la pureté primitive, étrangement idéalisée, voire déformée.

Les enseignements de Muhammad ont profondément transformé la vie de ses fidèles en les faisant accéder à un dieu unique et à une religion universelle. Cette religion ouvrait des perspectives insoupçonnées à des tribus divisées et adorant des dieux locaux. Pour la première fois peut-être, depuis Jésus et Paul, une religion s'ouvrait à l'univers entier ( avec les dangers impérialistes que comporte l'universalité). L'obligation de prier quelques minutes cinq fois par jour aidait à garder présent dans la vie quotidienne Allah, le Dieu unique. L'obligation de l'aumône apportait un nouveau sens de l'entraide dans des tribus de marchands en guerre contre les autres. Le Ramadan rappelait que l'homme ne vit pas seulement de pain; il contribuait aussi à rassembler les familles et à régler les petits conflits familiaux et locaux. Le Ramadan mettait en valeur l'hospitalité qui n'allait peut-être pas de soi chez des tribus marchandes toujours sur la défensive ( en principe, tout le monde est invité aux repas pendant le Ramadan, frères et sœurs musulmans, mais aussi juifs, chrétiens et païens). Pour sa part, le pèlerinage à La Mecque permit à plusieurs de parcourir les immenses étendues du monde musulman et de ressentir leur identité musulmane au-delà des identités locales. En faisant remonter sa généalogie jusqu'à Abraham et en intégrant plusieurs grands personnages juifs et chrétiens, Muhammad proposait une révélation universelle, située au-delà des dissensions entre juifs et chrétiens et donc supérieure aux deux religions monothéistes qui l'avaient précédée. Enfin, Muhammad se soucia essentiellement des mœurs publiques en interdisant l'alcool dans ces tribus qui en consommaient beaucoup et y perdaient beaucoup de leur énergie, en limitant le nombre de femmes, et en statuant sur les modalités de succession et de répudiation, sur les droits et devoirs des époux et des épouses. Il y a du génie dans cette organisation sociale, dans ces obligations simples, toutes destinées à rappeler sans cesse la présence et la primauté d'Allah, et à assurer le bon fonctionnement du village ou de la cité. Ainsi étaient assurées la bonne marche du commerce et la victoire sur les populations païennes, vivant dans l'ignorance d'Allah et la dépravation des mœurs. Du point de vue anthropologique, l'islam accompagna et même stimula le passage de la société nomade à la société sédentaire.[...]

À la source de beaucoup de problèmes, il y a la conception musulmane de l'inspiration, Le Coran est un livre écrit par Allah lui-même et l'exemplaire original réside auprès de Dieu. Il a été transmis à Muhammad par l'ange Gabriel et mis par écrit par des scribes. Le livre ne se prête donc pas facilement à l'interprétation ou à l'analyse historico-critique. [...] Or, les musulmans n'arrivent pas à entreprendre une démarche critique, car le Coran est intemporel. Quant au Hadith, recueil des dits et gestes du Prophète, sa rédaction se poursuivit longtemps après la mort de Muhammad, jusqu'à ce que l'on estime que tous les témoignages sur le Prophète avaient été consignés. Mais, grâce à ces témoignages des proches et des disciples du Prophète, on construisit un islam primitif idéal qui deviendra le rêve du retour à un islam qui, au dire des historiens, n'a jamais existé. Certains historiens estiment d'ailleurs que la langue arabe elle-même favorise ces descriptions idéalisées et statiques.

Dans un jugement rapide, il serait facile de dire que le monde arabe n'a tout simplement pas quitté le Moyen Âge ( même s'il n'y a jamais eu de Moyen Âge dans le monde arabe). Plus finement, on pourrait dire que le monde arabe s'est empêtré dans tous les apports qui lui sont venus de l'extérieur et qui ont été mal digérés: science et technologies modernes, démocratie, commerce international, droits de la personne, liberté de conscience, d'expression, respect des minorités, laïcisation de la société, distinction entre public et privé. C'est comme si ces valeurs avaient été acceptées de force, sous la pression des puissances occidentales, qui se sont bientôt révélées fourbes, intéressées et colonialistes. Ces prétendues valeurs modernes feraient-elles partie, se demande-t-on, de tous ces cadeaux empoisonnés que les Occidentaux ont livrés au monde arabe pour le mener à sa perte?[...]

(Pierre Pelletier: Revue "Présence Magazine", mars-avril 2010, p. 17-23).
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 08/08/2013 20:24:31    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Beaux textes de réflexions Index du Forum -> Forum de discussion -> L'Islam. Toutes les heures sont au format GMT
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | Créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2017 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com