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GALILÉE, LE TÉLESCOPE ET L'INQUISITION.

 
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Byblos2
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MessagePosté le: 18/09/2014 20:43:06    Sujet du message: GALILÉE, LE TÉLESCOPE ET L'INQUISITION. Répondre en citant

L'année 2009, proclamée Année mondiale de l'astronomie, marque le 400e anniversaire du télescope, premier instrument artificiel jamais utilisé pour étudier la nature, et qui apporta la gloire autant que les tourments à Galileo Galilei.

Né à Pise en 1564, Galilée développe un intérêt pour la science d'Archimède qui combine approche expérimentale et mathématique. Il obtient la chaire de mathématiques de l'Université de Pise, puis, celle plus prestigieuse, de l'Université de Padoue. L'astronomie est alors une des quatre branches des mathématiques pures, avec l'arithmétique, la géométrie et la musique. Galilée enseigne la géométrie d'Euclide et l'astronomie géocentrique de Ptolémée.

Les philosophes, fidèles disciples d'Aristote, sont alors seuls habilités à enseigner la physique. Selon eux, on ne peut se fier qu'à l'expérience directe des sens et la science des anciens, qui étaient dotés des mêmes moyens que nous, ne peut être supplantée. Le monde terrestre, constitué des quatre éléments terre, eau, air et feu, est de forme irrégulière, sombre et corruptible. Son mouvement naturel est une ligne droite verticale, l'air et le feu vers le monde céleste, la terre et l'eau vers l'immobilité au centre de l'univers. En contrepartie, le monde céleste est constitué de corps lumineux, immuables, sans masse, de forme sphérique parfaitement lisse, et animés d'un mouvement circulaire autour du centre de l'univers.

CERTITUDES ÉBRANLÉES:

Galilée empiète bientôt sur le terrain de ses collègues philosophes et, à leur grand scandale, prétend que la science peut progresser grâce à la technologie et à l'expérimentation. Il découvre qu'un pendule oscille toujours à la même fréquence et qu'un corps auquel aucune force n'est appliquée peut aussi bien se déplacer à vitesse constante qu'être au repos. Contredisant Aristote, il montre que des corps de même nature mais de masses différentes tombent néanmoins à la même vitesse et que cette vitesse augmente proportionnellement au temps. Combinant le mouvement horizontal à vitesse constante et la chute libre, il démontre la trajectoire parabolique des projectiles. Il pose ainsi les bases de la mécanique moderne.

En 1609, ayant eu vent de l'invention du télescope, il l'améliore jusqu'à obtenir un grossissement utile pour l'astronomie: jusqu'à 30 fois la perception à l'oeil nu. Il découvre que la Lune n'est pas une sphère parfaitement polie, mais ressemble à la Terre avec montagnes et vallées révélées par les jeux d'ombre et de lumière des rayons obliques du Soleil. Son télescope lui montre aussi que la Voie lactée est composée d'une myriade d'étoiles. Le plus inattendu est cependant la découverte de quatre satellites dont il suit au fil des jours les déplacements autour de Jupiter, montrant qu'il existe plus d'un centre de mouvement circulaire dans l'univers. Galilée voit ensuite Vénus passer par toutes les phases, d'un mince croissant jusqu'au disque plein, impliquant que la planète tourne autour du Soleil. Pour lui, cela confirme la véracité du système héliocentrique de Copernic.

VISIONS CONTRAIRES:

Dès 1539, Luther et Mélanchthon s'étaient opposés au modèle héliocentrique - le Soleil y occupant la position centrale -, car celui-ci divergeait avec certains passages de la Bible. L'Église catholique le tolérait en tant que modèle mathématique servant à mieux rendre compte des apparences sans remettre en question la véracité de l'immobilité de la Terre. En 1615, le cardinal Bellarmin expliqua la position de l'Église en ces termes:" Je dis que, comme vous le savez, le Concile [de Trente] interdit d'interpréter les Écritures à l'encontre du consensus général des Pères de l'Église [...] et vous les trouverez tous d'accord que le Soleil est au ciel et tourne autour de la Terre à haute vitesse, et que la Terre est loin du ciel et se tient immobile au centre du monde. [...] S'il existait une vraie démonstration que le Soleil est au centre et que la Terre tourne autour, alors il faudrait procéder avec grand soin pour réinterpréter les passages de l'Écriture qui semblent contraires, et dire qu'on ne les comprend pas plutôt que ce qui est démontré est faux".

Avant que ne se confirme la théorie de l'attraction gravitationnelle de Newton, publiée en 1687, on peut encore concilier l'immobilité de la Terre avec tous les phénomènes observés. Cette vision suppose que les planètes tournent autour du Soleil, tandis que la Lune, le Soleil et son cortège de planètes tourne autour de la Terre. Un modèle acceptable, mais certes plus compliqué que le modèle héliocentrique.

En 1616 les attaques des aristotéliciens contre Galilée prenant de l'ampleur, celui-ci va à Rome plaider en faveur du modèle de Copernic. Un comité de consultants émet cependant l'opinion que le copernicanisme est philosophiquement et scientifiquement indéfendable et théologiquement hérétique. Cette opinion est enchâssée dans un décret de la Congrégation de l'Index. Galilée n'est pas condamné mais averti verbalement, par Bellarmin, qu'il ne doit soutenir ni défendre la thèse du mouvement de la Terre, ce que le cardinal lui confirme dans une lettre. Un rapport de l'entrevue, versé aux archives de l'Inquisition, utilise cependant les termes "ne pas enseigner sous quelque forme que ce soit".

DIALOGUE DE SOURDS:

En 1624, un nouveau Pape est élu et prend le nom d'Urbain VIII. Il ADMIRE LES TRAVAUX DE GALILÉE, LUI MANIFESTE SON AMITIÉ LORS DE PLUSIEURS AUDIENCES ET S'INTÉRESSE À L'HYPOTHÈSE COPERNICIENNE. Il affirmera en 1630, que le décret de 1616 contre Copernic n'aurait jamais été émis s'il avait été Pape à ce moment-là. Galilée insiste sur le principe scientifique voulant qu'on doit choisir la plus simple parmi les théories qui rendent compte des observations. Urbain VIII oppose l'argument de la toute-puissance de Dieu, qui ne pouvait être contraint de suivre un modèle compréhensible par l'homme lorsqu'il composa la structure du monde et assigna leur mouvement aux planètes et au Soleil.N'étant alors pas au courant de l'avertissement reçu par Galilée en 1616, il approuve son projet d'écrire un livre comparant les modèles géométrique et héliocentrique, à la condition qu'ils soient présentés sur un pied d'égalité.

Galilée compose son "Dialogue sur les Deux Principaux Systèmes du Monde", y mettant tout son talent de vulgarisateur. Il argumente clairement en faveur du mouvement de la Terre, s'attribuant au passage des résultats sur les taches solaires publiés par le jésuite Scheiner, et présentant comme preuve de la rotation et de la révolution de la Terre sa théorie erronée du phénomène des marées.

Le livre de Galilée n'est pas sitôt publié que ses adversaires ont beau jeu de l'accuser de défendre l'héliocentrisme. De plus, c'est dans la bouche de Simplicio, le défenseur d'Aristote qui passe pour un benêt tout au long du livre, que Galilée a mis l'argument sur l'omnipotence de Dieu exprimé par le Pape au cours de leurs entretiens. Pour finir, on découvre le rapport de 1616 concernant l'avis de "ne pas enseigner sous quelque forme que ce soit" l'héliocentrisme. Urbain VIII se sent doublement trahi par celui qu'il avait jusque-là traité en ami, et Galilée est sommé de venir s'expliquer à Rome.

CONDAMNÉ AVEC LES HONNEURS:

Le procès devant l'Inquisition porta sur le non-respect de l'injonction faite en 1616. La lettre de Bellarmin ayant été produite par Galilée, le commissaire du Saint-Office conclut une entente hors cour avec ce dernier. Celui-ci confesse devant le tribunal qu'après avoir relu son livre dans les jours précédents, il s'est aperçu que plusieurs passages étaient écrits de telle manière qu'ils peuvent convaincre le lecteur de la véracité de thèses qu'il voulait plutôt réfuter. Il met cela sur le compte de la vanité, ayant voulu paraître brillant par la subtilité de ses raisonnements. Certains cardinaux, dont Francesco Barberini qui montre un réel souci de protéger Galilée, sont d'avis de clore le procès, mais d'autres craignent qu'une fois libéré, Galilée ne se vante d'avoir gagné contre l'Inquisition.

Finalement, Urbain VIII impose un examen de sa sincérité sous menace de torture, une abjuration publique, la confiscation du "Dialogue", et un emprisonnement pour la durée qu'il plaira au Saint-Office. Outre la grande injustice faite à Galilée, l'Église offre ainsi à ses adversaires, sur un plateau d'argent et pour des siècles, un "martyr de la science".

Tout excusable que fût l'Inquisition, il est clair que l'Église fut loin d'être toute contre Galilée, alors que les philosophes des universités lui étaient unanimement hstiles. Le commissaire du Saint-Office lui-même affirma qu'il était du même avis que Galilée et que la question copernicienne ne devrait pas être résolue par l'autorité des Saintes Écritures. Trois des dix juges ne signèrent pas la condamnation de Galilée, et celui-ci ne fut mis en prison ni durant ni après son procès, alors qu'il fut hébergé pendant 5 mois par l'archevêque de Sienne, qui le traita comme un invité d'honneur.

RÉHABILITATION PROGRESSIVE:

On a exagéré l'opposition de l'Église à la science. Dès le temps de Galilée, des religieux utilisèrent le télescope dans leur quête de vérité. Il est probable que lorsqu'apparut la physique newtonienne en 1687, l'Église comprit que "vraie démonstration" avait été faite. Craignant de perdre son autorité si elle avouait ses torts, elle modifia sa position lentement et discrètement. Elle permit, en 1734, de construire un mausolée pour Galilée dans l'église Santa Croce; en 1741, d'imprimer une édition de ses oeuvres, y compris le "Dialogue". En 1757, le décret de 1616 fut omis de l'Index et, en 1820 et 1822, le Saint-Office confirma "qu'on ne devait pas interdire l'impression et la publication d'ouvrages qui traitent de la mobilité de la Terre et de l'immobilité du Soleil, en accord avec l'opinion générale des astronomes modernes".

L'avancée des connaissances remet en cause nos certitudes et la science peut sembler défier la foi; elle est plutôt une occasion de la faire mûrir, comme une des voies par lesquelles l'homme se rapproche de Dieu. Confrontée aux questions qui se posent de nos jours, concernant par exemple les possibilités d'intervention dans le processus de la reproduction humaine, comment l'Église peut-elle s'exprimer dans un langage accessible à tous, tout en préservant l'intégrité de son message et en tenant compte d'une science qui est devenue, pour le non-spécialiste, un acte de foi? En fait, le difficile dilemme qui s'est posé au temps de Galilée est toujours d'actualité.

(Daniel Nadeau, Revue Présence magazine, juin-juillet 2009, p. 23-24).
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MessagePosté le: 18/09/2014 20:43:06    Sujet du message: Publicité

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